Attendre

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On apprend à attendre, parait-il. C’est la seule façon de mûrir. On attend le sein ou le biberon, le bercement ou la chanson. On lance une bobine, observait Freud, on joue à faire revenir maman comme ça on n’a pas à l’attendre pour de vrai.

Mais on n’en a pas fini d’attendre, puisqu’on attend ensuite le Père Noël, la fin du cours, la récré, puis d’avoir le bac et d’être majeur. Quand tu seras majeure, disaient mes parents, tu feras ce que tu voudras. Mais en attendant, tu nous obéis. Un jour, j’ai été majeure, plus tôt que prévu grâce à Valery Giscard d’Estaing qui m’a quand même fait gagner trois ans. Eh mais tu ne gagnes pas ta vie, tu feras ce que tu veux quand tu gagneras ta vie. Et pan, j’ai repris 4 ans.

Il faut donc passer le temps. Sucer son pouce, ronger son frein, chanter 1 km a pied ça use ça use, regarder la télé qui est un formidable aspirateur à temps mais qui aspire tout à l’intérieur de soi. Alors, on se met à lire et les journées filent tout en vous remplissant.

Et puis tout s’accélère. On aimerait dire mais attendez un peu ! Rien à faire, le temps a connu un changement de vitesse et on est en pilotage automatique. On cherche le frein, on cherche les petites routes languissantes de l’enfance, mais elles sont perdues. On attends un enfant, et pour lui, sans doute, on s’en souvient, le temps sera long à attendre. Mais dès qu’il nait, tout le monde vous dit, attendri par la petite bouille : profitez-en bien ça ne dure pas !

Bizarrement, alors que tout va trop vite, attendre entre les plages de vitesse est devenu impossible. D’ailleurs, dans les films il n’y a plus de temps mort. Ou alors les réalisateurs d’avant-garde font des films d’attente. J’avais adoré Dans la ville blanche d’Alain Tanner où un marin attend à Lisbonne que le temps passe et avec lui sa dépression. Mais dans notre quotidien, dans le RER tandis que tombent les caténaires sur les voies, dans les boutiques SNCF après avoir pris son billet numéroté qui n’est que le 5e prochain alors qu’il y a un agent, à l’hôpital après avoir erré de guichet en guichet, tout le monde écrit sur son smartphone, pour répondre aux mails, lire Le monde, envoyer des sms, tweeter, facebooker ou jouer. Au téléphone, quand Orange ou une administration quelconque vous envoie de la musique au kilomètre pendant 20 minutes avant de raccrocher, il faut prier pour avoir la fonction haut parleur et en profiter pour faire la tarte pour le soir, ou rédiger enfin cet inventaire d’archives.

Depuis quelques années, on s’attend au pire. On attend la prochaine chute du système bancaire et maintenant le prochain attentat de Daech. On se dit bon ça sera peut-être demain, ou après les vacances, ou maintenant, ai-je bien tout prévu si je disparais. On se demande d’ailleurs ce que Daech a prévu pour après, puisque c’est la fin des temps. Attendre au paradis ce doit être mortel.

De toute façon ça va trop vite car ce qui nous attend, on ne le sait que trop. C’est pourquoi on préfère quand attendre rime avec espérer et, en dépit des apparences, cette rime existe. En espagnol attendre se dit d’ailleurs esperar. Comme quand on attend les résultats d’un examen, d’un entretien, d’un concours de poésie, d’une analyse médicale. On attend l’amour. Attendre est un verbe qui espère. Car quand on n’attend plus rien tout est fini.

 

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2 réflexions sur “Attendre

  1. Il y a pourtant un lieu ou le temps ralentit considérablement, ce sont les salles d’attente, justement, surtout si on a oublié un bon bouquin. A moins qu’on éprouve un vrai plaisir à lire un Match vieux d’un an ou le supplément féminin du Figaro. Pour ralentir le passage du temps, peut-être un stage de méditation dans une salle d’attente ?

    Aimé par 1 personne

    • Merci Vincent de venir commenter ! Je pense souvent que les salles d’attente sont les endroits parfaits pour lire des blogs justement…on oublie souvent son bouquin mais jamais son téléphone non ? Sauf problème de réseau bien sûr…

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