Joie

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J’ai perdu une amie très chère en décembre dernier. Elle était pour moi, bien que nous ayons le même âge, comme une grande sœur. Elle m’a beaucoup appris, beaucoup donné. Je suis, comme tous ceux qui l’ont connue, dans le chagrin et pourtant, lorsque j’ai écrit un poème pour elle, le mot qui m’est venu est joie. Sa disparition est une douleur, mais elle était la joie. C’est ma vision d’elle. Pour chacun, elle était unique et chacun de ceux qui l’ont connue ont leur image d’elle. Ce poème est simplement ma façon de lui dire combien je l’aimais.

Je me souviens d’un éclat de rire
D’une joie qui dure depuis trente années
Je me souviens d’une amitié qui m’a changée
-Comme tu me voyais généreuse, je le devenais
Puisque tu me jugeais douce, je l’étais
Et la vie était facile, puisque tu l’affirmais-.

Tout a été emporté à bride abattue
Par tes yeux rieurs et ton sourire :
Les moments empruntés et formels
– notre première rencontre
Deux nouvelles compagnes présentées
Par deux amis de longue date-
Les moments d’orfèvrerie délicate
– l’installation en couple
Mise en commun de manies et de névroses
Choix de canapés et de comptes bancaires-
Les changements d’échelle
– les naissances des enfants
Déménagements et réaménagements
Acquisition de voiture à sept places
De piscines gonflables de 15 à 750 litres
Locations pour dix et repas de collectivité-.

Rien ne distinguait pour toi les fêtes de leurs préparatifs
-Longues listes de courses et de menus
Décorticage de l’actualité et de kilos de fruits
Tablées installées sur des portes dégondées
Puis sur des nappes de 3 mètres-
Rien n’autorisait le découragement
Il fallait imaginer les fêtes à venir
Partir en randonnées joyeuses
-Même lorsque c’était pour cueillir
Des myrtilles en plein brouillard-
Jouer des journées entières à être autres
-Enquêteurs, victimes ou assassins
Bandes d’aventuriers lancés avec armes et bagages
Dans un univers maléfique dont nous sortions vainqueurs-
Car il y avait du combat dans cette joie
-Il n’existait pas pour toi de verbe pour se résigner
Et il ne serait pas dit que gagnerait la médiocrité-.

Nous te suivions et disions
-nous les proches, si proches-
Que tu n’arrêtais jamais
Je sais pourtant que tu aimais
L’idée de garder tous ces moments
-s’arrêter un instant, retenir son souffle
Mesurer que, là, on est heureux-
Je me souviens avoir croisé ton regard
Tandis que tous riaient et discutaient
-Tu souriais, Michèle, puis tu venais fixer, filmer
Tous ces moments de bonheur
Tu savais qu’il se nourrit de souvenirs-.

Je me souviens de trente années d’amitié
Et rien, ni la maladie, ni la mort
N’effacent ton éclat de rire
Et la joie de vivre qui était ta force
-Qui est au fond la seule force
Nous la gardons avec toi-.

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9 réflexions sur “Joie

  1. j’étais aussi une amie de Michèle
    j’aime beaucoup ce portrait d’une amitié, force des mots qui font surgir des images …je le retrouve..
    je me souviens notamment de ces grands moments de vacances ensemble avec nos enfants, ce sont de merveilleux souvenirs qui me réchauffent le coeur…

    Aimé par 1 personne

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