Eté

Charles_Cros,_portrait

C’est l’été et le blog va se mettre en pause, pour profiter des jardins, des montagnes, de l’eau et surtout du temps. Pour évoquer cette saison que j’espère heureuse pour vous tous, j’ai choisi le poème « L’été » de Charles Cros.

« L’été » est l’un des quatre textes de la série « Les quatre saisons », construits avec la même forme, cinq strophes de deux vers en octosyllabe, rimés. J’aime ce poème rapide dans lequel la nature et la femme sont unies par la couleur, les poses (de la stature des lis à la tendre fatigue des blés) et les odeurs.  La nature est très présente, et évoquée avec la sobriété qui est l’une des caractéristiques de sa poésie, au détour d’une escapade amoureuse dont le cœur est raconté au présent, mais qui commence et finit au passé. Il est issu du recueil « Le coffret de santal » dédié à Nina de Villard sa maîtresse :

A Nina
J’offre ce coffret de Santal
Ton capiteux parfum d’été
Seul, parmi d’autres, est resté.
Quand on fouille au fond de ce coffre,
Sauf quelques fleurs sèches, il n’a
Rien qui ne soit à toi, Nina.
Prends-le; rends fier celui qui l’offre:
Charles.

L’ETE

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

Charles Cros. Le coffret de santal (1873).

 

Charles Cros

Charles Cros (1842–1888) est un poète français méconnu de ses contemporains et quelque peu oublié aujourd’hui. Vous connaissez néanmoins tous l’un de ces textes, son « hareng saur – sec, sec, sec », écrit pour « amuser les enfants -petits, petits, petits. »

Né à Fabrezan  dans l’Aude, est le fils d’un instituteur de Narbonne qui donna sa démission pour protester contre le coup d’Etat du 2 décembre et vint à Paris pour être instituteur libre.

Charles est un autodidacte mais il passe son baccalauréat à 14 ans. Passionné de littérature et de sciences, il fut un temps, de 1860 à 1863, professeur de chimie à l’Institut parisien des Sourds-Muets, avant de se consacrer à la recherche scientifique. La physique et la chimie sont ses domaines de prédilection, et notamment l’électricité, la photographie des couleurs et l’acoustique. En 1867 il présente à l’Exposition universelle un télégraphe automatique de son invention. En 1869, c’est cette fois à la Société française de photographie qu’il présente un procédé de photographie en couleurs qui est à l’origine du procédé actuel de trichromie. En avril 1877, il formule le principe d’un appareil de reproduction des sons qu’il nomma paléophone du grec « Palaios », ancien, et « phonè » la voix, c’est-à-dire « la voie du passé ». . Son document, présenté à l’Académie des sciences, suggérait que les vibrations sonores pouvaient être gravées dans du métal à l’aide d’un crayon rattaché à une membrane vibrante, et que, par la suite, en faisant glisser un stylet rattaché à une membrane sur cette gravure on parviendrait à reproduire le son initial. Avant que Charles Cros n’eût la possibilité de suivre son idée voire de construire un prototype, Thomas Edison, aux États-Unis, mettait au point le premier phonographe.

Il publia ses premiers poèmes dans le « Parnasse contemporain » et fréquenta les cercles et cafés littéraires de la bohème de l’époque (« Cercle des poètes Zutistes » — qu’il avait créé —, « Vilains Bonshommes », « Hydropathes »), ainsi que le salon de Nina de Villard qui fut sa maîtresse jusqu’en 1877.

nina

Charles Cros s’est ensuite marié avec Sidonie, Mary Hjademaal le 14 mai 1878. L’un de leurs deux fils, Guy-Charles, sera aussi un poète.

Dans les dernières années de sa vie, Charles Cros fréquente le cabaret « Le Chat Noir » et collabore à la revue du même nom. Il se lie avec Alphonse Allais. Il commence en 1876 à écrire des monologues pour le comédien Coquelin cadet[1], à qui sont dédiées « Les quatre saisons ». Celui-ci s’est en effet spécialisé dans le monologue, après avoir entendu Charles Cros lire son poème « Le Hareng saur » au Chat noir.

L’œuvre poétique de Charles Cros tient pour l’essentiel en deux recueils : « Le Coffret de Santal », et « Le Collier à Griffes », recueil qui reprend des pièces composées dans les dix ou quinze dernières années de sa vie, que son fils Guy-Charles Cros publiera en 1908, pour les vingt ans de la mort de son père. A sa mort en 1888, la plus grande partie de son oeuvre reste inédite.

Il s’éteint au cours de l’année 1888. Robert Desnos et Louis Aragon rendront hommage au poète et à son rôle important dans la littérature.

En son honneur a été créée l’Académie Charles-Cros qui récompense chaque année les meilleurs disques.

Pour aller plus loin

Les voix ensevelies, les inventeurs, Charles Cros, sur le site de la BNF

La paléophone de Charles Cros sur Encyclopedia Universalis

Ecouter « Le hareng saur » http://clpav.fr/poemes-audio/plume-hareng.htm

Charles Cros poète et humoriste  sur le site de Jean-Paul Legrand

 

[1] Alexandre Honoré Ernest Coquelin (16 mai 1848 à Boulogne-sur-Mer – 8 février 1909 à Suresnes), dit Coquelin cadet pour le distinguer de son frère Constant, dit Coquelin aîné, est un acteur et un écrivain français. En 1867, après avoir reçu le premier prix de comédie au Conservatoire, il débute à l’Odéon, puis entre à la Comédie-Française. En 1875, il en démissionne pour passer au Théâtre des Variétés, où il joue dans divers vaudevilles tels que « Un chapeau de paille d’Italie » de Labiche. En 1876, il revient à la Comédie-Française, dont il devient sociétaire en 1879. Il s’y est en particulier illustré dans des rôles de pièces de Molière. Il a écrit deux livres, « Le Monologue moderne » (1881) et « L’Art de dire le monologue » (1884), il a porté de nombreux monologues sur la scène, parmi lesquels ceux de Feydeau : « Le Potache et Patte en l’air », « Les Réformes », « Tout à Brown-Séquard », « Un Monsieur qui est condamné à mort » et « Un Monsieur qui n’aime pas les monologues ».

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