Printemps

Léopold_Sédar_Senghor_at_the_University_of_Salamanca_01

Léopold Sédar Senghor à l’Université de Salamanque

 

Cette année, le printemps se mêle à l’hiver et la neige aux bourgeons. C’est pourquoi j’ai choisi, juste après les « neiges d’antan » de François Villon, de tenter de faire venir la douceur avec un poème de Léopold Sédar Senghor.

C’est sans doute parce qu’il est né et a grandi au Sénégal que le poète, défavorablement impressionné par l’hiver lors de son premier séjour en France, a écrit plusieurs textes pour célébrer le printemps. Et l’hiver est bien encore là dans la première strophe, avec ses « branches noires enlacées ». Le poète, qui observe le monde de sa fenêtre, nous fait ensuite ressentir la venue du printemps, qu’il lie à l’amour, avec les lèvres « qui éclosent », puis « ouvertes », « offertes » comme les bourgeons au soleil. Il y a dans ce texte la coexistence de l’immobilité et d’un mouvement très lent, souterrain, qui évoque merveilleusement l’attente du foisonnement printanier.

Senghor considérait qu’un poème est d’abord un rythme et non une image. Un rythme et un son. Il en faisait un héritage de la culture orale africaine mais aussi de la tradition française puisque sous sa plume la poésie de Victor Hugo est « nègre par son rythme  » :

Hugo était le Maître du tam-tam. Sur le rythme binaire du vers classique, le rythme de base, marqué despotiquement par les gros tam-tams au son grave, le Coryphée Hugo, son sabar en bandoulière, dont le son porte loin, brodait sa fantaisie ailée à contretemps et syncope. 

Senghor utilise en tous cas pour ce rythme des éléments classiques de répétition, parallélisme et symétrie comme dans ce texte, variant au surplus les mètres (il y a ici des alexandrins, des octosyllabes, des vers dits « libres » car ne correspondant pas à la métrique classique).

Sa poésie est construite sur l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par delà leurs différences. Senghor a estimé que le langage symbolique de la poésie pouvait constituer les bases de ce projet.

Printemps

Des nuages s’étirent, s’étirent irréels,
Entre les branches noires enlacés.
Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va
Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines.

Cet oiseau jamais aperçu !
Et le printemps et mon amour.
Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent,
Mon corps …

Il fait très doux et très clair.
Le monde est calme autour, en tendresse.
Oh ! un moment, rien qu’un moment de calme pour
toute souffrance.
Car Dossie pleure les cris matinaux de ses enfants.

Du monde je ne vois qu’un rectangle bleu
Strié de noir luisant.
Les branches tendent leurs bourgeons au soleil,
Lèvres ouvertes, lèvres offertes.

Je n’entends que le chant de l’ami inconnu,
Le pas monotone d’un pion
Et mon amour qui pousse dans le silence
Du printemps.

Poèmes Perdus

Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001)

Poète, écrivain et homme politique français, puis sénégalais il sera le premier président de la République du Sénégal (1960-1980) et il fut aussi le premier Africain à siéger à l’Académie française. Il a également été ministre en France avant l’indépendance de son pays.

Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal, au Sénégal. Son père, Basile Diogoye Senghor, était un commerçant catholique appartenant à la bourgeoisie sérère, une ethnie minoritaire au Sénégal. Originaire de Djilor, sa mère, Gnilane Ndiémé Bakhou, que Senghor appelle dans Élégies « Nyilane la douce », appartient à l’ethnie sérére et à la lignée « tabor ». C’est la troisième épouse de Basile Senghor. Elle eut six enfants, dont deux garçons. Le prénom sérére Sédar de Senghor signifie « qu’on ne peut humilier ». Son prénom « Léopold » lui fut donné par son père en souvenir de Léopold Angrand riche commerçant mulâtre amis et employeur ponctuel de son père.

Il fait ses études au lycée de Dakar, puis à la Sorbonne à Paris où il rencontre Aimé Césaire. Avec ce poète et Léon Gontran-Damas il approfondira le concept de négritude ainsi défini par Césaire : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. ».

Il publie son premier recueil de poésie Chants d’ombre en 1945. Sa poésie, universelle est aussi une synthèse de sa culture africaine orale, animiste et de sa culture européenne. Senghor a reçu de très nombreuses distinctions au cours de sa vie.

Il meurt le 20 décembre 2001 à Verson, en Normandie.

Dans mes poèmes, je parle souvent du Royaume d’enfance. C’était un royaume d’innocence et de bonheur : il n’y avait pas de frontières entre les Morts et les Vivants, entre la réalité et la fiction, entre le présent, le passé et l’avenir

 

En savoir plus

 

Léopold Sédar Senghor célébré au Printemps des poètes (ça tombe bien non ? )

Léopold Sédar Senghor lit un de ses poèmes « Je ne sais en quel temps c’était » (dans « D’autres chants », extrait du recueil « Ethiopiques »).

Autre actualité, Léopold Sédar Senghor et la francophonie
 

 

 

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