Empreinte

Countess_Mathieu_de_Noailles,_by_Ignacio_Zuloaga

La comtesse Anna de Noailles par Ignacio Zuloaga

Je reviens à Anna de Noailles, dont j’avais déjà présenté le poème J’écris à propos du mot Éternité.

Le thème de ce nouveau poème est assez proche : il s’agit de ce qui restera de nous après la mort, cette « empreinte » qui désigne une marque distinctive laissée par un objet ou être vivant. Mais, cette fois, l’éternité n’est pas recherchée directement dans l’écriture ou l’amour mais dans la nature, un sujet cher à la poétesse, cette nature dans laquelle sont le plus souvent relevées les empreintes de pas.

Le texte est au futur et l’auteur nous projette et se projette au moment de sa disparition.

Dans les cinq strophes en alexandrin aux rimes enlacées chères à Anna de Noailles, elle joue très finement avec le rapport entre la nature et la mort. Cette terre dans laquelle les morts sont enterrés, et dissimulés, est ici le corps et l’âme de la poétesse non pas dans un ensevelissement mais dans une étreinte et une imprégnation. Cet acte ne manque pas de liens avec l’acte sexuel auquel il emprunte le lexique (étreinte, serrement, enlacement, désir, palpiter, presser, ardeur). Et les sentiments de l’auteur ponctuent cette sensualité, avec ses larmes (sa douleur qui est « âcre et salée » et fait écho avec la « douceur du jour » qui lui sera « ravie ») et surtout, dans ces deux magnifiques vers finaux, le cœur aimant- et unique- d’Anna de Noailles.

 

L’Empreinte

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement.

La mer abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressées.

La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante ardeur,
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon cœur.

Anna de Noailles

Pour aller plus loin

L’empreinte chantée par Angélique Ionatos

On peut se reporter à mon article précédent ainsi qu’au site très riche http://www.annadenoailles.org/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s